07 févr. 2017

ANTHOCYANES

ANTHOCYANES

Ecrit par Yohan Castaing 

Des cuvées et des cuvées, partout des cuvées…Grandiloquentes, économiques, ruineuses, instructives. Pourquoi tant de cuvées ?

Nous faisons un métier, critique de vins, qui est envié par beaucoup, mal connu surtout, et qui apporte du rêve à tout amateur éclairé de vins. Alors pourquoi se plaindre d’un tel attroupement ?

Il est vrai que dégustant le millésime 2015 en vallée du Rhône sud, rarement le nombre de « cuvées spéciales » n’aura été aussi important. Le millésime sans doute, particulièrement qualitatif. Pas aussi grandiose que dans le Rhône nord, mais d’une très belle qualité avec des rendements « satisfaisants » selon plusieurs vignerons, entendez des rendements propres à faire vivre son homme.

Tout avait bien commencé, l’hiver d’abord froid. Puis le printemps, pluvieux mais pas trop, de quoi laisser la fleur, ce moment crucial, se dérouler dans des conditions quasi parfaites.

Contrairement à 2014 et 2013, le grenache, ce cépage sensible à la coulure (avortement des fleurs de vignes) réussit à éclore ses bourgeons et ses fleurs sans souci aucun. L’été, lui, fut chaud et relativement sec. Quelques orages bienvenus, évidemment, mais surtout une chaleur sans démesure. Car les nuits fraiches permirent au vignoble de tenir les excès de température de la journée. Les vendanges, sans anicroche, même s’il fallait être vigilant sur les dates de ramassage, les maturités jouant, parfois, aux montagnes russes.

L’état sanitaire fut exceptionnel et les vignerons commencèrent à rêver à un millésime propre à rivaliser avec les copains du nord. Du Rhône nord, s’entend. Car eux, l’exceptionnel était là et bien là. En Rhône sud, on l’a frôlé mais quelques signes peu audibles laissèrent l’optimum dans les bras de Dame Nature. Alors, quand l’on est vigneron et que l’on voit de si beaux raisins, la tentation n’est pas loin.On attend. Parfois un peu trop.

 Et malheureusement, ce temps que l’on pensait positif se transforme en négatif. Oh rien de bien méchant, juste une extraction un peu trop poussée, une macération mal maitrisée en température, des choix de barriques pas adaptés.

Résultat, des vins qui expriment leur côté dense et rustique, un peu austères pour certains, trop boisés pour d’autres. Ils sont à la marge, mais qu’il est dommage dans une si belle appellation comme Gigondas de voir une année au potentiel remarquable amoindrie par des erreurs évitables.

Alors, le vigneron sort de son sac à malices, la cuvée spéciale. A grand millésime, cuvée exceptionnelle. Certaines fois, cela fonctionne, mais à Gigondas, comme à Châteauneuf-du- Pape, le résultat est mitigé. Quelques cuvées n’ont de spéciales que le nom. D’autres sont particulièrement réussies. Les locomotives, ce qui font des cuvées « tous les ans » ou qui travaillent parfaitement, réussissent des vins exceptionnels. Les autres, moins. Au final, c’est avec un sentiment mitigé et inquiet que l’on regarde les 106 vins différents. Il n’y en a jamais eu autant à Gigondas. Des cuvées et des cuvées, partout des cuvées…

Peut-être un artifice commercial pour augmenter le chiffre d’affaires. Vendre une cuvée spéciale plus chère que la cuvée dite tradition, pourquoi pas, à condition qu’elle soit vraiment spéciale. Heureusement, les prix dans le Rhône ne sont pas ceux de la Bourgogne. Si augmentation il y a, elle reste limitée.

Alors, comme toujours, les vins de Gigondas apparaitront comme de belles opportunités pour ceux qui savent attendre. Car vous l’aurez compris, il faudra attendre ce millésime 2015 qui apportera de belles, très belles, voire d’exceptionnelles bouteilles.

Et devant tant de choix, restons flegmatiques. Rassurons-nous en invoquant un dynamisme positif et laissons de côté cette vision de bouteilles alignées, des cuvées et des cuvées, partout des cuvées…

 

Les Dessous Des Dentelles  2015  17/20

Nez très floral, légèrement violette,

pivoine, un peu rose. Garrigue et

herbe sauvage à l'aération. Texture

juteuse, savoureuse, de très beaux

tanins avec la fraicheur qui vient

soutenir l'ensemble. C'est un très

beau vin, plein de promesses.

 

Le Parpaillon  2015  16,5/20

Nez un peu timide, discret avec

quelques touches de fruits rouges. Se

développe à l'aération avec des notes

épicées. Bouche bien bâtie,

structurante, des tanins jeunes et un

ensemble équilibré. Une valeur sure.